Depuis le 28 juin 2025, un site ou une application qui vend en ligne à des particuliers doit être accessible aux personnes handicapées, avec des contrôles de la DGCCRF depuis janvier 2026. Les microentreprises (moins de 10 salariés et chiffre d'affaires ou bilan inférieur à 2 millions d'euros) sont exemptées, et un site vitrine sans vente en ligne n'est en général pas visé. Vous trouverez ici qui est concerné, ce que risque une PME, ce que « accessible » veut dire en pratique et comment s'y mettre sans refaire tout son site.
Qui doit rendre son site internet accessible en 2026 ?
L'obligation d'accessibilité vise d'abord les entreprises qui vendent des produits ou des services en ligne au grand public, dès qu'elles dépassent la taille d'une microentreprise. Elle vient de l'European Accessibility Act (directive 2019/882), transposé en France par la loi du 9 mars 2023 et applicable depuis le 28 juin 2025.
Le texte couvre une liste précise de services : commerce électronique, services bancaires, transports, livres numériques, communications électroniques. Pour une TPE ou une PME, c'est le commerce en ligne qui compte. Une boutique Shopify, WooCommerce ou Webflow qui encaisse des commandes de particuliers entre dans le périmètre.
| Votre situation | Obligation ? | À retenir |
|---|---|---|
| Boutique en ligne, moins de 10 salariés et CA ou bilan sous 2 M€ | Non, exemptée | Conseillé, pas imposé |
| Boutique en ligne, 10 salariés ou plus, ou CA de plus de 2 M€ | Oui, depuis juin 2025 | Contrôles DGCCRF en cours |
| Site vitrine sans vente ni contrat en ligne | En général non | À vérifier si réservation payante |
| Site réservé aux professionnels (B2B) | En général non | Le texte protège le consommateur |
| Entreprise de plus de 250 M€ de CA | Oui, double régime | Arcom en plus de la DGCCRF |
Le cas des microentreprises
Une entreprise de moins de 10 salariés dont le chiffre d'affaires annuel reste sous 2 millions d'euros n'a pas d'obligation pour ses services en ligne. La DGCCRF le rappelle dans son bilan publié le 25 juin 2026. Il existe aussi deux autres portes de sortie : la mise en accessibilité techniquement impossible, ou une « charge disproportionnée ». Celles-là doivent être justifiées et documentées par l'entreprise.
Attention au seuil. Une boutique qui embauche son dixième salarié en cours d'année, ou qui franchit les 2 millions, bascule dans le périmètre. Chez Webance, on conseille aux e-commerçants en croissance de prévoir l'accessibilité dès la prochaine refonte plutôt que d'attendre ce moment.
Site vitrine, prise de rendez-vous, boutique en ligne
Un site vitrine qui présente votre activité et propose un formulaire de contact n'est pas un service de commerce électronique au sens du texte. Le cas devient moins clair quand le site permet de réserver et de payer en ligne (un cours, une séance, une location). Là, on se rapproche d'un contrat conclu à distance. Si vous êtes dans cette zone grise et au-dessus des seuils, demandez l'avis de votre conseil juridique : nous sommes une agence web, pas un cabinet d'avocats.
Contrôles DGCCRF et sanctions : ce que risque une PME
La DGCCRF contrôle l'accessibilité des sites e-commerce depuis janvier 2026, et plus de la moitié des entreprises vérifiées présentaient des manquements selon un premier bilan. Ce chiffre a été présenté lors de la Conférence nationale du handicap du 4 septembre 2026 et rapporté par La Lettre des Réseaux. Les résultats définitifs de l'enquête sont attendus début 2027.

L'administration annonce le rythme : « une centaine d'établissements seront contrôlés en 2026 », toutes enquêtes confondues (commerce en ligne, transports, produits multimédias). Et depuis décembre 2025, n'importe quel client peut signaler un site inaccessible sur SignalConso. Un contrôle peut donc partir d'une simple plainte.
Côté sanctions, le cabinet Bird & Bird résume le dispositif : des amendes de cinquième classe jusqu'à 7 500 € pour une société, 15 000 € en cas de récidive, cumulables par service et par obligation non respectée. S'y ajoutent les injonctions sous astreinte et la publication de la sanction. Dans sa première enquête, sur le ferroviaire, la DGCCRF a surtout engagé des mesures correctives et pédagogiques. Mais une mise en demeure publique pèse plus lourd sur l'image d'une marque que l'amende elle-même.
Qu'est-ce qu'un site internet accessible, concrètement ?
Un site accessible est un site qu'on peut utiliser sans la vue, sans souris, avec une vue faible ou des difficultés de compréhension. La référence technique est le WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) au niveau AA. En France, elle est traduite dans le RGAA, le référentiel officiel : la version 4.1.2 compte 106 critères répartis en 13 thèmes. La DINUM a annoncé une version 5, fondée sur le WCAG 2.2, avant la fin de 2026.

La plupart des problèmes sont banals. Le rapport WebAIM Million 2026, qui analyse chaque année la page d'accueil d'un million de sites, trouve des erreurs WCAG détectables sur 95,9 % d'entre elles, avec 56,1 erreurs en moyenne par page. Les quatre plus fréquentes :
- texte trop peu contrasté avec son fond (83,9 % des pages) ;
- images sans texte alternatif (53,1 %) ;
- champs de formulaire sans étiquette (51 %) ;
- liens vides, souvent des icônes sans intitulé (46,3 %).
Sur les sites que nous reprenons à Toulouse, on retrouve exactement ce quatuor. Le gris clair sur fond blanc choisi pour faire « élégant ». Le bouton panier réduit à une icône. Le formulaire de devis dont les champs n'ont qu'un texte d'exemple qui disparaît à la saisie. Aucun de ces défauts ne demande de refaire le site : ce sont des corrections de design et d'intégration.
Les widgets d'accessibilité suffisent-ils pour être en règle ?
Non. Un widget (ou « overlay ») ajoute un bouton qui propose d'agrandir le texte ou de changer les couleurs, mais il ne corrige pas le code du site : les champs sans étiquette restent sans étiquette pour un lecteur d'écran. Notre position est nette, on ne les recommande pas comme solution de conformité.
Les autorités ont déjà tranché sur les promesses de ces outils. En avril 2025, la Federal Trade Commission américaine a condamné l'éditeur accessiBe à payer 1 million de dollars pour avoir affirmé que son outil d'IA rendait les sites conformes aux règles d'accessibilité. Les utilisateurs de lecteurs d'écran ont en plus leurs propres réglages, et un deuxième outil par-dessus les gêne souvent plus qu'il ne les aide. L'argent d'un abonnement annuel à un widget est mieux placé dans la correction des vrais défauts.
Comment rendre votre site accessible : la méthode en 5 étapes
La mise en conformité d'un site existant se fait en cinq étapes : vérifier si vous êtes concerné, mesurer, corriger les gabarits, documenter, puis tenir dans le temps. Pour un site vitrine ou une petite boutique, comptez quelques semaines.
1. Vérifier votre situation
Effectif, chiffre d'affaires, vente aux particuliers ou non : le tableau plus haut suffit dans la plupart des cas. Notez votre conclusion et sa date, c'est utile si la question revient lors d'un contrôle ou d'une levée de fonds.
2. Faire un premier diagnostic gratuit
Trois outils gratuits donnent une bonne idée de l'état du site en une heure : WAVE (de WebAIM), l'onglet Lighthouse de Chrome et l'extension axe DevTools. Testez ensuite à la main la page d'accueil, une fiche produit, le panier et le formulaire de contact. Débranchez la souris et naviguez avec la touche Tab : si vous perdez de vue où vous êtes, vos visiteurs aussi. Les outils automatiques repèrent une partie des erreurs seulement, d'où ce test manuel.
3. Corriger les gabarits du site
Un site Webflow ou WordPress repose sur quelques modèles (en-tête, fiche produit, article, formulaire). Corriger le modèle corrige toutes les pages qui l'utilisent. On commence par ce qui bloque un achat ou une prise de contact : formulaires, boutons, menu au clavier, contrastes (un ratio de 4,5:1 minimum pour le texte courant au niveau AA), textes alternatifs des images utiles.

4. Documenter
Si vous êtes concerné, publiez dans vos conditions générales ou sur une page dédiée la façon dont votre service respecte les exigences d'accessibilité, ainsi que les limites connues et un moyen de vous contacter. Si une partie du site ne peut pas être corrigée tout de suite, dites-le et donnez une échéance.
5. Tenir dans le temps
Un site accessible le reste rarement tout seul. Chaque nouvelle image publiée sans texte alternatif, chaque bannière promo en texte clair sur photo fait reculer le score. Formez la personne qui met à jour le site et refaites un contrôle rapide à chaque nouvelle fonctionnalité.
Pour le budget, les grilles publiées par des agences spécialisées situent un audit RGAA complet entre 2 000 et 6 000 € HT, avant corrections. Sur un petit site, un diagnostic ciblé sur les parcours clés coûte nettement moins cher. Si votre site a plus de cinq ou six ans et cumule les défauts, une refonte de site internet pensée dès le départ pour l'accessibilité revient souvent moins cher que de rapiécer l'ancien.
Même exempté, pourquoi rendre son site accessible ?
Parce qu'une part importante de vos clients en a besoin. Selon la DREES (Le handicap en chiffres, édition 2024), 14,5 millions de personnes de 15 ans ou plus vivant à domicile en France métropolitaine déclaraient en 2022 au moins une limitation fonctionnelle sévère, soit 28 % de cette population. Ajoutez les seniors qui grossissent le texte sur leur téléphone et les personnes qui consultent votre site en plein soleil : un contraste suffisant sert tout le monde.
Le deuxième argument est le référencement. Une structure de titres propre, des textes alternatifs descriptifs, des liens qui disent où ils mènent : Google et les moteurs IA lisent une page à peu près comme un lecteur d'écran. Beaucoup des erreurs qui plombent la visibilité sur Google sont aussi des erreurs d'accessibilité. Même chose pour le design : le choix des couleurs de votre charte graphique doit passer le test du contraste avant d'être validé.
Enfin, c'est moins cher à prévoir qu'à corriger. Sur un projet de site vitrine ou de boutique en ligne qui démarre, intégrer les critères de base dès les maquettes ajoute peu de temps. Les reprendre deux ans plus tard sur un site en production, avec des dizaines de pages et de produits, coûte plusieurs fois plus.


